ven. 02 avr. | Genève, Vevey

Passion Selon Saint Jean, J.S.Bach

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Passion Selon Saint Jean, J.S.Bach

Date et Lieu

02 avr. à 15:00 – 03 avr. à 17:00
Genève, Vevey

À propos

           Lorsque le maître du Baroque prend ses fonctions de Cantor à l’église de Saint Thomas et de directeur musical de la ville de Leipzig, à l’évidence, il n’apparaît pas comme le meilleur choix. « Puisque nous ne pouvons avoir le meilleur, il faut nous contenter d’un médiocre ! » : c’est par ces mots que le conseiller Pratz commente son recrutement. En effet, les deux favoris – George Philipp Telemann et Christoph Grauper – ont décliné l’offre. Or même si Bach est au sommet de son art à cette époque, il est surtout connu comme un excellent organiste et non comme compositeur de musique religieuse. Les conseillers de Leipzig embauchent donc le musicien en prenant de multiples précautions dont celle d’un examen théologique dont il se sort brillamment. Nommé à son poste, Bach a alors l’énorme tâche de faire exécuter une cantate par dimanche et jour de fête. Durant cette première année il crée également le Magnificat et doit en même temps organiser la musique donnée dans quatre églises différentes, dispenser des cours de latin et même assurer la surveillance des étudiants de l’école… Il trouvera pourtant le temps de composer un de ses chefs-d’oeuvre les plus ambitieux, une Passion d’après l’évangile de Saint Jean (Johannes Passion) dix mois après son arrivée.

 - Les Passions, une tradition récente à Leipzig -

Cette tradition de représenter une Passion lors de la semaine sainte était relativement récente à Leipzig. Depuis la Réforme, on psalmodiait le texte de la Passion selon Saint Matthieu le dimanche des Rameaux et celui de la Passion selon Saint Jean le vendredi saint à l’église Saint Nicolas pour les services du matin. Au cours des années, ces psalmodies s’enrichirent des interventions d’un choeur qui représentait la foule. Plus tard, soit six ans seulement avant l’arrivée de Bach, il fut permis de présenter des « passions oratorio », c’est-à-dire des passions écrites de manière polyphonique avec accompagnement d’orchestre. Mais ces passions restaient de modestes compositions « d’Eglise ». Bach va s’écarter de cette tradition et utiliser tous les moyens dont il dispose, toutes les ressources de son art.

- La Passion, un drame liturgique -

Si Bach n’a jamais écrit d’opéra, c’est que son engagement à Leipzig le lui interdisait Mais sa Passion selon Saint Jean se présente comme une théâtralisation du récit évangélique, accentuant son caractère dramatique par l’utilisation de nombreux procédés théâtraux. Il en est ainsi, pour ne citer que ces deux exemples, de l’aria « Zerflieβe, mein Herze » et du choeur d’ouverture « Herr, unser Herrscher », relevant de l’esthétique baroque italienne. Bach, en homme de son époque, concilie sa foi luthérienne avec un certain goût de la théâtralité. La parole de l’évangile passe par la dramatisation du récit. La Passion selon Saint Jean ne dispose pas d’un librettiste attitré. Le texte de l’évangile luimême est la traduction par Martin Luther de l’évangile selon Saint Jean, chapitres 18 et 19. Les commentaires poétiques des arias sont librement empruntés à des livrets d’autres passions contemporaines de Bach.

- Structure de l’oeuvre -

La Passion selon Saint Jean est constituée d’une alternance de récitatifs et de choeurs relatant la passion, dans laquelle viennent s’insérer des ariosos, des arias et des chorals venant apporter des commentaires ou des réflexions théologiques. Deux choeurs libres monumentaux encadrent l’oeuvre qui est divisée en deux parties principales entre lesquelles prenait place le sermon. Le choeur final ne termine pas réellement la partition, c’est à un choral qu’il revient de conclure. Ce n’est pas à un concert mais bien à un office religieux qu’on assiste. La Passion présente une structure symétrique. La première partie est plus courte que la deuxième. Elle apparaît comme un grand prologue, racontant l’arrestation de Jésus et le reniement de Saint Pierre. La deuxième partie raconte le procès et l’exécution de Jésus jusqu’à sa mise au tombeau. Les choeurs des foules et les chorals sont repris en échos et donnent une structure symétrique à la deuxième partie, comme une voûte de cathédrale. Au-delà de ses brillantes qualités musicales, son orchestration très variée, son architecture complexe, la puissance de ses choeurs, la beauté de ses arias, la Passion selon Saint Jean nous touche particulièrement, croyant ou non. Parmi les grandes oeuvres religieuses de Bach elle reste la plus introspective, celle qui parle et s’adresse directement à l’auditeur. Elle évoque les mortels impuissants, démunis que les événements extraordinaires et troublants dépassent : et en cela, son message est universel autant qu’actuel et d’une haute valeur humaine et spirituelle. Hautement dramatique, la partition est un sommet parfois terrifiant qui questionne le sens de la mort et des souffrances éprouvées.